5 mois ago

Troubles fonctionnels de l’intestin et FODMAPs

Le microbiote intestinal, qu’est-ce que c’est ? 

C’est l’ensemble des bactéries, champignons, virus et parasites qui colonisent notre intestin. Il se compose d’au moins 1013 microorganismes, ce qui représente à peu près le nombre de cellules qui constituent notre corps… Ces derniers se baladent dans notre intestin entre la lumière et la couche de mucus intestinal qui recouvre sa paroi intérieure. La variété et la diversité de ces microorganismes vivent à l’équilibre avec un niveau suffisant de « bonnes » et de « mauvaises » bactéries où les microorganismes vivent en symbiose. 

En cas de déséquilibre, on parlera de dysbiose, on pourra observer une augmentation des mauvaises bactéries au détriment des bonnes. On remarque une dysbiose chez deux tiers des patients (JOUËT et FAROUX, 2018) atteints de troubles fonctionnels intestinaux (TFI) provoquant inflammation (mal au ventre), fermentation (ventre gonflé, ballonnée), perméabilité intestinale qui pourront aussi être la cause d’allergies, de malabsorptions. En fait, 60% de la population française souffrirait de troubles fonctionnels de l’intestin (De Saussure et Bertolini, 2006) et il existe pour l’heure peu de traitements efficaces et la prise en charge de ces troubles qui s’est révélée d’autant plus compliquée que l’alimentation joue un rôle prépondérant dans l’apparition des symptômes. 

À ce sujet, des études récentes se sont penchées sur les effets d’une alimentation sans FODMAPs (fermentable oligosaccharides, disaccharides, monosaccharides, and polyols) pour réduire les symptômes des patients atteints de troubles fonctionnels de l’intestin.

Alors, qu’est-ce que les FODMAPs ?

Les FODMAPs sont des petites molécules d’hydrates de carbone (sucres) que l’on retrouve dans notre alimentation et qui sont très peu absorbées par notre intestin et sont fermentescibles, c’est pourquoi ils vont produire des gaz suite à leur digestion par les bactéries de notre microbiote. 

Pourquoi privilégier une alimentation appauvrie en FODMAPs chez les personnes atteintes de TFI ?

Selon le Dr Pierre Nys, auteur du livre Ma bible de l’intestin, les personnes concernées par les TFI n’auraient pas le capital enzymatique suffisant à la digestion des glucides. Ces malabsorptions peuvent aussi être la conséquence de différents mécanismes tels qu’un défaut de transport à travers l’épithélium (fructose), une baisse d’activité d’hydrolases (lactose, fructane, galactane) ou encore des polyols trop larges pour être absorbés par diffusion simple (JOUËT, MOREL, 2019). Ces glucides ne seraient quasiment pas digérés dans l’intestin grêle entraîneraient une forte quantité d’eau par effet osmotique dans la lumière intestinale qui distend l’intestin et gonfle le ventre. Ces FODMAPs (glucides à chaîne courte) se retrouvent alors digérés par les bactéries du côlon et cette fermentation bactérienne colique va produire de l’hydrogène et des gaz de méthane provoquant ballonnement, gaz, douleurs abdominales avec constipation ou diarrhée.

Le régime sans FODMAPs : des bénéfices à court terme  

Plusieurs études ont mis en évidence les effets bénéfiques de ce type de régime pour les personnes atteintes de TFI. Dans un premier temps il s’agira d’éliminer tous les aliments contenants des FODMAPs sur une période de 3 à 6 semaines pour supprimer les symptômes et retrouver un certain confort digestif. Ensuite, c’est la phase de réintroduction où on testera un FODMAP à la fois afin déterminer les intolérances personnelles du patient : quantités tolérées, évolution de la tolérance… Les patients peuvent ainsi reprendre une alimentation variée avec une nette diminution de leurs symptômes. 

Mais attention, à long terme, des carences peuvent survenir puisque de l’exclusion de nombreux produits laitiers mettent en péril les apports en calcium alors que la réduction en céréales, légumineuses limitent les apports en vitamines du groupe B, la diminution des fruits et légumes réduisant encore les apports en fibres, vitamine C et antioxydants (caroténoïdes, flavonoïdes, polyphénols).

Ce régime pourrait également aggraver la dysbiose puisque le colon ne reçoit plus de substrats fermentescibles, c’est pourquoi il sera préconisé de se supplémenter en symbiotique (prébiotiques + probiotiques) afin de maintenir un microbiote en bonne santé.  

Il est indispensable d’être accompagné par un(e) diététicien(ne) formé(e) durant la transition vers ce type de régime car il s’avère très restrictif et difficile à suivre. De plus, il sera indispensable d’évaluer les habitudes alimentaires des patients en amont afin de cerner les habitudes alimentaires et de garder le plaisir de manger qui est à la base de toute alimentation ! 

Marion Latour

Nutritionniste chez Nutrimis